© J.P. Raibaud
Mai 2011
David BISMUTH
piano

Les bonnes fées de la musique ne se sont pas contentées de le combler de talent. Elles lui ont fait don du luxe des luxes : le temps. Le temps de laisser ce fils de médecins grandir, loin de toute pression, au rythme de sa Côte d’Azur natale. Le temps d’y mettre leur grain de sel – chacune en son temps : Anne Queffélec, qui le mettra à dix ans sur la voie du Conservatoire de Nice ; Catherine Collard, qui l’y fera profiter de ses toutes dernières années d’enseignement – puis Brigitte Engerer de ses premières au CNSM de Paris, où il entre à quatorze ans. Le temps, ensuite, de ne pas plonger tête baissée dans le grand bain musical : à dix-huit ans, David Bismuth a la maturité de reconnaître… son immaturité ; et d’aiguiser patiemment ses armes sous l’aile de Monique Deschaussées, pédagogue et philosophe du piano, héritière en droite ligne d’Alfred Cortot.

 

Très française filiation que celle-là, que notre très français pianiste ne saurait renier : son jeu lumineux et profond, où se conjuguent science de l’architecture et poésie du timbre, excelle tout particulièrement dans les pages de nos compatriotes. Mais pas n’importe lesquelles : d’un couplage inédit Franck/Fauré au non moins rare duo Debussy/Dukas, ce sont au disque des voies bien peu fréquentées qu’il a choisi d’arpenter ; avec pour fil d’Ariane l’exploration de l’écriture pianistique à travers des œuvres savamment structurées, profondes, orchestrales, aux formes complexes héritées de l’âge baroque. D’où, pour faire mentir ceux qui rêvaient de lui coller une étiquette « made in France », un disque de Transcriptions de Bach au piano en 2009, suivi d’un retour à la période post-romantique avec la parution en 2010 d’un nouveau CD mettant en miroir Saint-Saëns & Rachmaninoff.

 

Cérébral, David Bismuth ? Que nenni : simple et sincère en toute chose, ce jeune trentenaire nourrit sa musique du plaisir des rencontres et expériences du quotidien tout autant qu’au contact du clavier. Plaisir encore que celui de partager : en musique de chambre naturellement, aux côtés de Laurent Korcia, Marina Chiche ou du Quatuor Psophos, lors de concerts-lectures aux côtés des comédiens Dominique Blanc ou Didier Sandre, avec les polyphonies corses A Filetta pour des concerts thématiques, mais tout aussi volontiers en concerto, où l’Orchestre National du Capitole de Toulouse l’a invité à deux reprises.

 

Mozart est à l’honneur lors de ses engagements sur les grandes scènes parisiennes : d’abord au Théâtre du Châtelet avec l’Orchestre National de France en 2009 (Triple Concerto de Mozart avec Bertrand Chamayou, Edna Stern, sous la direction d’Andris Nelsons), ou avec l’Orchestre de Paris à la Salle Pleyel en novembre 2010 pour le Double Concerto de Mozart avec Maria João Pires, sous la baguette de Jean-Christophe Spinosi.

 

David Bismuth n’en confesse pas moins une prédilection pour les lieux intimes, où se noue et se joue un véritable échange avec le public. Derrière tout cela se lit un art de jouer qui tient autant de l’art de vivre, et que sa complicité avec la grande Maria Joao Pires, au Centre d’Art de Belgais comme à la scène, n’a pu qu’attiser : une inspiratrice de plus à porter à son crédit, à laquelle il doit, plus encore qu’une leçon d’art, une grande leçon d’humanité.

 

David Bismuth, « jeune maître du piano qui possède incontestablement les qualités qui font les artistes d’exception : une parfaite maîtrise de la technique au service d’un large répertoire, l’intelligence du texte, une intense flamme intérieure servie avec sobriété, l’écoute sensible des silences toujours vibrants et habités, un jeu construit, une sonorité pure, une interprétation majestueuse, charismatique et puissante… ». M. Foss et M. Piquemal